Sard Falasteen, December 24 2018

39 Semaines de marches du retour: Gaza paie le prix d'un rêve

Un manifestant palestinien porte un drapeau national près de la barrière israélienne, à l'est de Khan younis, au sud de la bande de Gaza, vendredi 21 décembre 2018. AFP

Encore un vendredi de manifestations de masse devant la barrière de la bande de Gaza.  ce 21 décembre, a marqué une semaine de plus avec les mêmes images: Des palestiniens de toutes les âges, sont rassemblés par des milliers au long des points de manifestation sur la barrière, du nord au sud. A l’avant, des jeunes risquent leurs vies pour avancer jusqu’à la ligne de séparation, devant les snipers israéliens, à fin d’accrocher un drapeau sur le grillage. Derrière, des groupes de manifestants chantent des slogans, et dans le fond, sous les tentes éloignés de la barrière, des journalistes avec leurs caméras, des secouristes en gilets oranges et des familles avec des enfants, remplissent l'horizon. Dans quelques tentes,des femmes préparent du pain, d’autres, des tables improvisés sur le sol pour un pique-nique en de repos pour les manifestants.

La longue liste "des martyres"

Rien n’a changé depuis 39 semaines, depuis que la “Grande Marche du Retour” a commencé le 30 mars dernier. Comme si 241 manifestants tués par l’armée israélienne, dont 44 enfants et 5 femmes et plus de 20.000 blessés, n’aient eu aucun effet. Ou plutôt,comme s’ils aient eu tout l’effet possible, selon le point de vue.Cette fois, quatre noms de plus s’ajouttent à la listes des “martyres” palestiniens. Mohammad Jahjuoh, 16 ans et Abdel Aziz Abu Chirïa, 28 ans, de la ville de Gaza. Ayman Chbeir, 18 ans, de Deir Al Balah, au sud de la bande de Gaza, et ?aher Yassin, 40 ans, du camp des réfugié de nusseirat. Le quatre palestiniens ont été enterrés samedi, alors que le commité national pour l’organisation des marches du retour, un corps composé d’organisations de société civile et des partis politique, a déja annoncé la marche du vendredi prochain.Le comité a affirmé dans un communiqué fait public vendredi que “les tentatives d’isoler la Cisjordanie et la bande de Gaza par l’occupation israélienne échoueront”.

La mère de ?ohammad Jahjouh, 16 ans, tué par l'armée israélienne pendant les manifestations civiles à Gaza, vendredi dernier, pleure son fils à ses funérailles, samedi. AFP

C’est une déclaration qui resonne à l’intérieur de la société palestinienne, alors que le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas vient de dissoudre le conseil législatif palestinien, élu en 2006 avec une majorité du Hamas. Une décision qui, selon les critiques, pourrait augmenter la division entre la Cisjordanie, gérée par le président Abbas, et la bande de Gaza, sous l’administration du Hamas, depuis 2007. Une division qui a permis à Israë de renforcer son blocus sur la bande de Gaza, détériorant les conditions de vie dans cet enclave palestinien de telle façon, que les Nation Unies ont déclaré en 2017 que la bande Gaza est dévenue “inhabitable depuis longtemps”.

Le droit "à vivre avec  dignité"

Dans la bande de Gaza, où la moitié de la population a moins de 18 ans, 95% de l’eau consommée est polluée. 50% des jeunes sont au chômage, 80% des familles dépendent des aides humanitaires, 5500 logements seulement ont été reconstruits, sur 11.000 logements qui ont été détruits entièrement pendant l’attaque israélien de 2014, et l’électricité n’arrive dans les maisons que 4 heures par jour. Une réalité qui explique le slogan choisi pour les manifestations du vendredi prochain: “Personne nous enlèvera notre droit à vivre avec dignité”.

Une manifestante palestinienne avec un lance-pierres, dvant la barrière israélienne à l'est de Gaza, au deuxième vendredi des marches du retour, 6 avril 2018. Middle East Eye,

Cette réalité explique aussi la disposition des palestiniens à retourner aux points de manifestations, par des milliers, à chaque vendredi, malgré le taux de morts et des blessés. Une réalité qui donne un sens particulier au drame originel du peuple palestinien. Celui de vivre à jamais sans une patrie. 74% Des gazaouis sont des réfugiés ou descendants des réfugiés. Raison pour laquelle leur mouvement de résistance civile porte le nom de la marche du “retour”. Ce retour, pour les palestiniens, et pour les gazaouis en particulier, n’est plus qu’un droit fondamental de toute personne humaine, garanti par la loi internationale. C’est aussi le rêve d’un avenir différent pour leurs enfants. Un avenir pour lequel ils risquent leur vies, en masse, depuis 39 semaines, payant le le prix de leur propre sang, et cela fait longtemps que c’est au reste du monde de réagir.

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