Sard Falasteen, June 17 2019

l’Antisionisme, ou le débat dont on ne connaît rien

Des bombes de phosphore blanc, interdites selon la loi internationale, lancées par l'aviation israélienne sur la ville de Gaza, décembre 2008. AFP

Qassam Muaddi

Depuis plusieurs mois, les français se cassent la tête à essayer de décortiquer ce lien mystérieux qu'il y aurait entre l'antisémitisme et l'antisionisme. C'est parce que quelqu'un veut proposer une loi pour assimiler les deux choses et les criminaliser au même titre. C'est aussi parce que le président de la république a décidé, devant sa compte twitter, un bon matin, qu'ils était la même chose. C'est en plus parce que dans d'autres pays, comme l'Allemagne, on commence à faire des pas pratiques pour installer cette assimilation dans la loi. Ce débat montre jusqu'à quel point en France on aime se disputer, passionnément, sur des choses que l'on ne connais pas. Et je constate que les français ne connaissent pas ce dont ils débattent, par la façon dont ils font le débat. C'est à dire, en faisant des thèses sur les motifs cachés dans les consciences profondes de ceux qui se disent antisionistes. Ou plutôt en faisant des amalgames simplistes, entre l'apparence physique de certains de ceux qui se disent antisionistes, Baghdadi et Hitler, tout en arrivant, je ne sais comment à mêler l'Islam en tout ça. Enfin, rien du sérieux, à part quelques intellectuels, peu nombreux, qui essayent de rechercher l'histoire de l'antisémitisme et de l’antisionisme, comme Dominique Vidal.

Mais dans tout ce débat, il manque l'essentiel. Si l'on veut débattre sur ce qui est l'antisionisme, ne faudrait il pas d'abord, se demander: qu'est - ce que le sionisme? Personne n'aborde, au milieu de cette hystérie, ni Herzl, ni Jabotinsky, ni Weizman, ni Begin, Shamir, ni toute leur descendance idéologique jusqu'à Sharon et Netanyahu! Comment peut-on discuter sur le communisme, par exemple, sans parler de Marx, de Lénine, de Mao, et de Che Guevara? Qui peut se dire communiste ou anti communiste, sans connaître ce qui a été l'URSS, ce qui est la Chine et ce qui est le Cuba? Comment alors juger des postures idéologiques sans savoir de quoi s'agitent - elles? 

Un phénomène ancien

Encore une fois, comme il en a été le cas depuis 100 ans, des européens discutent depuis chez eux, depuis le contexte de chez eux et depuis le bagage historique et idéologique, strictement lié à chez eux, sur des problématiques qui se déroulent et qui impactent la vie des gens, loin de chez eux. Dans des contextes qui leur sont complètement étranges. Ce n'est pas nouveau. Cela a été le problème avec l'Occident depuis que la question de la Palestine existe: C'est en fonction de l'histoire, le contexte et les problématiques politiques et culturelles de l'Europe, et de l'Occident en général, qu'on a décidé, depuis l'Occident, le sort de la Palestine et des millions de palestiniens, jusqu'à aujourd'hui. Comme si la Palestine n'avait pas d'histoire, pas de contexte, pas d'existence réelle. Comme si elle n'était plus qu'un élément de l'imaginaire européen et occidental. Enfin, comme si les palestiniens n'existaient pas. Vous pensez que j'ai tort? Alors répondez à cette question: Que ce passait - il en Palestine en 1933, quand Hitler arrivait au pouvoir? Quelle était la condition des juifs et des arabes en Palestine en ce moment? Si vous ne savez pas, mais vous avez quand-même une opinion forte sur le sionisme et l'antisionisme, c'est que j'ai raison.

"Il lui a suffit de lire, de chercher sérieusement, et d'apprendre"

Mais avant que la France, et après toute l’Europe le rend illégal, je dois le dire: Je suis antisioniste. Profondément et radicalement antisioniste. On pourrait dire que je le suis parce que je suis palestinien. Mais dans ce cas-là, et si l'antisionisme était vraiment de l'antisémitisme, alors tous les palestiniens seraient des antisémites jusqu'à ce qu'ils prouvent le contraire. Pourtant ce n'est pas le cas. Si je suis antisioniste, c'est parce qu'il y a un seul endroit au monde ou le sionisme s'est réalisé en projet politique, où l'on peut vivre et expérimenter ce qu'il en est, et c'est chez moi. Là où j'ai grandi et vécu la plupart de ma vie. C'est parce que j'ai vécu le sionisme en ma propre chère, tous les jours, depuis que j'ai conscience propre , que je connais le sionisme de face. Et c'est cette connaissance qui fait que je soit antisioniste.

Néanmoins, il ne faut pas vivre sous le sionisme pour le connaître et s'y opposer. Tout comme personne de mon âge en France n'a vécu sous le fascisme, et pourtant tout le monde sait ce qu'il est et s'y oppose. Rachelle Corrie par exemple, était antisioniste. Elle était une jeune américaine juive, qui en 2004 se trouvait à Rafah, au sud de la bande de Gaza, en défendant les maisons palestiniennes avec son corps contre les démolitions de l’armée sioniste. Elle a été écrasée est assassinée par un bulldozer militaire sioniste. Rachelle n'avais pas vécu en Palestine avant de décider qu'elle était antisioniste. Il lui a suffit de lire, de chercher sérieusement, et d’apprendre. Elle est venue en Palestine pour découvrir de près sa réalité. Aujourd'hui en France elle serait accusée d'antisémitisme.

Le sionisme que nous avons connu ...

Le sionisme que nous avons connu n’est pas une philosophie de salons d'intellectuels. Le sionisme que nous connaissons, ceux qui vivions sous son régime et tous ceux qui militent contre lui dans le monde avec nous, est différent. Ce n'est pas le sionisme des débats stériles sur les plateaux de télé français. Ce n'est pas le sionisme d'Alain Finkielkraut ou Meyer Habib. Ce n'est pas le sionisme du CRIF ni celui de Manuel Valls. Le sionisme qui nous connaissons, constitué en État, est celui des bulldozers de 90 tonnes qui détruisent des maisons, et qui écrasent des gens comme Rachelle Corrie sous leurs chenilles. C'est le sionisme des hélicoptères qui lancent du phosphore blanc sur les cours des écoles à Gaza, brûlant les visages et les bras des enfants de 5 ans jusqu’aux os. C'est le système qui met un fusil M-16 dans les mains d'un gamin de 17 ans et l'envoi sur un checkpoint, pour qu'il s'amuse à humilier un vieillard de l'âge de son grand père, parce qu'il n'y voit plus un homme. Pour nous, le sionisme, c'est ce que pour les français bien-pensants est le fascisme. On ne dialogue pas avec lui. On le combat, on le vainque, et puis on a la paix. Et c'est bien au nom de tous ceux qui ont donné leur vie, en cobattant l'antisémitisme, que nous devons le faire.

Written by

Sard Falasteen

Previous Le manque des médicaments à Gaza peut causer une "catastrophe humanitaire" dit le ministère de la santé palestinien
Next Saison de "Taoujihi" en Palestine: la preuve obligatoire des jeunes palestiniens