Sard Falasteen, June 13 2019

Saison de "Taoujihi" en Palestine: la preuve obligatoire des jeunes palestiniens

Depuis une semaine, plus de 76.000 jeunes palestiniens ne sortent plus le soir. Leur vie habituelle est interrompue, et à bonne raison. Leur avenir dépend, en partie, de l'examen qu'ils passent depuis le 8 juin. C'est un rituel annuel dont toute la Palestine participe. Il s'agit du "Taoujihi", officiellement nommé "l'examen de la secondaire générale". L'équivalent palestinien du bacalauréat.

Dans le bus palestinien traversant le checkpoint du "Container", au nord de Bethlehem, les passagers sont attentifs à la programmation du 7h00 à la radio. La concentration est telle qu'ils ne font même pas attention au soldat de l'occupation qui demande les cartes d'identité. Ce n'est pas la voix emblématique de la libanaise "Fairouz" qui réveille ces palestiniens, comme tous les autres matins. Aujourd'hui elle est remplacée par celle d'une présentatrice qui fait le point sur l'examen du jour et son calcul des notes. C'est l'examen de langue arabe. "Ma fille est forte en grammaire" affirme Sanaa, 40 ans, la mère de Dalia, 18 ans, qui passe son "Taoujihi" cette année. "Ce qui lui est compliqué c'est la littérature, surtout la poésie pré-islamique" explique Sanaa, avant de se rassurer "mais elle a bien révisé. J'ai confiance en elle". Elle suit ses paroles d'une prière qu'elle chuchotte en levant les yeux au ciel.

L'avenir réduit à une note

Le "Taoujihi" est si important, car l'avenir académique des étudiants dépend de la moyenne qu'ils y obtiennent. Dalia par exemple, veut être avocate. Mais pour être admise à la faculté de droit de l'université de Birzeit, où elle espère étudier, elle doit avoir une moyenne au "Taoujihi" supérieure à 86 sur 100. Le seuil pour réussir le "Taoujihi est de 55 sur 100, mais à moins de 70 sur 100, aucune formation n'est accessible. La pression est grande sur les étudiants, et leurs familles, ainsi que le reste de la société, qui ne cesse pas de rappeller aux étudiants qu'ils ont intérêt à réussir. C'est la raison pourquoi des centaines d'étudiants de Taoujihi ont manifesté l'année dernière à Ramallah, pendant les examens, brulant leurs livres pour protester contre un système qui les rend otages d'une note. Une note qui selon Sanaa, ne représente pas du tout la capacité académique de sa fille Dalia.

Al'attente des réformes

Après les manifestations des étudiants en 2017, le ministère d'éducation palestinien a introduit des changements mineurs au système du "Taoujihi", dans une tentative de le réformer. Depuis 2018, par exemple, pour avoir son "Taoujihi", on doit avoir un dossier d'activités extra - académiques. Une exigence additionnelle qui ne n'entre pas dans le calcul de la moyenne. La note, après tout, continue à être l'élément déterminant. Le ministre d'éducation, Sabri Saidam, reconnait que la réforme du système est encore à approfodire. Il a annoncé l'année dernière que des reformes sont étudiées, mais que leur adaptation prendra du temps. Après tout, le système actuel est le produit de deux anciens systèmes hérités. Le système jordanien en Cisjordanie et le système égyptien à Gaza, datant d'avant l'occupation israélienne de la Cisjordanie et Gaza en 1967. Dans le reste de la Palestine, c'est le système d'éducation israélien qui s'impose. Les longues années d'occupation ont causé un retard sur tous les aspects de la vie en Palestine, y compris l'éducation. Un retard dur à surmonter, surtout alors que l'occupation continue.

Cependant, depuis la Nakba, pour des millions des palestiniens, la réussite académique est le moyen le plus important d'affronter la réalité d'un pays, où tout est à construire. Des palestiniens comme Dalia, qui se bat pour un avenir dans une salle d'examen, et sa mère, Sanaa, qui termine de chuchotter sa prière dans le bus, avant d'affirmer: "Le Taoujihi est très injuste comme système. Mais j'ai expliqué à ma fille qu'il n'y a pas de choix. Il faut le réussir quand même".

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Sard Falasteen

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