Sard Falasteen, December 19 2018

Une semaine sous le feu israélien à Ramallah

L'armée israélienne mène des incursions et des démolitions dans la ville et ses alentours

Les forces d'occupation à Ramallah, samedi 15 décembre. Photo : Emad Saleh

“Les israéliens ont joué  à PubG (un jeu de guerre sur internet) dans la ville pour de vrai, pendant toute la semaine” commente un internaute palestinien sur son compte Facebook, faisant référence au jeu vidéo populaire. Pourtant, l’ironie palestinienne ne semble être qu’une réponse à la brutalité des évènements que la ville de Ramallah et sa région ont vécu tout au long de la semaine dernière, aux mains de l’armée israélienne.

Dès lundi matin, les forces d’occupation ont envahi la ville de Ramallah, après avoir bloqué toutes ses entrées. Elles ont mené une série d’investigations et d’interrogations forcées. Des tirs de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène ont résonné dans tous les quartiers nord de Ramallah, alors que les véhicules militaires blindés et les soldats d’infanterie envahissaient les rues. Les bureaux de l’agence de presse palestinienne “Wafa”, ont été occupés par des dizaines de soldats qui ont empêché les journalistes de sortir, lançant du gaz lacrymogène à l’intérieur des bureaux. Les soldats ont interrogé des journalistes et fouillé le contenu des bureaux pendant des heures. Le siège de la Commission Olympique Palestinienne a aussi été occupé par des dizaines de soldats israéliens, qui ont pris le bâtiment par la force et retenu les employés pendant des heures, en improvisant des interrogations de terrain. Les locaux commerciaux de la zone ont été obligés de fermer, alors que les troupes israéliennes entraient dans plusieurs maisons et bâtiments résidentiels. Les forces israéliennes se sont retirées plusieurs fois, pour quelques heures, avant de recommencer les opérations partout dans la ville et ce pendant cinq jours.

Des troupes israéliennes dans les ruesRamallah, samedi 15 décembre. Photo: Emad Saleh

Punition collective

 Tout a commencé dimanche soir, quand un jeune Palestinien a attaqué à la mitraillette un groupe de colons israéliens à l’entrée de la colonie d’Ofra, située à l’est de Ramallah, faisant sept blessés. La colonie, construite sur des terres palestiniennes appartenant aux villageois de la région, est une zone de tensions entre les colons israéliens et les Palestiniens, qui s’opposent à l’expansion de la colonie sur leurs terres depuis plusieurs années. Cette opposition s’est traduite devant   les cours israéliennes, mais aussi par des manifestations pacifiques; cependant la situation a parfois pris un tournant violent. Les villages palestiniens autour de la colonie subissent régulièrement des incursions militaires israéliennes, ainsi que des attaques de colons. Parfois, comme dimanche dernier, la situation dégénère et des soldats ou des colons israéliens sont attaqués, souvent par des individus palestiniens agissant seul. La réaction israélienne est retombée d’abord sur la région de l’est de Ramallah, où une série de check-points qui contrôlent l’accès à une dizaine de villages ont été fermés par l’armée israélienne.  Ces check-points, isolent la région et empêchent  la libre circulation de ses habitants pour aller au travail ou à l’école  à Ramallah qui est située à 15 kilomètres de la colonie d’Ofra. Le lendemain, l’armée a envahi Ramallah.

L’organisation palestinienne des droits de l’homme, Al-Haq, explique qu’il s’agit là d’une punition collective en violation complète avec les conventions de Genève qui en font un crime de guerre. Cette pratique est employée systématiquement par l’armée israélienne quand des soldats ou des colons israéliens sont attaqués. En 2016, cette même région a été isolée par les forces de l’occupation six fois, pour des périodes de trois jours à une semaine. En septembre 2017 l’armée de l’occupation a entièrement bloqué l’accès aux villages du nord-ouest de Jérusalem, isolant plus de 60.000 habitants pendant trois jours, alors qu’elle menait des incursions, des fouilles forcées et des arrestations, interdisant aux habitants de se déplacer entre les villages.

Vidéo de l'incursion israélienne dans le siège de la commission olympique palestinienne à Ramallah, jeudi 13 décembre

Dans les médias palestiniens, des commentateurs ont considéré que l’armée israélienne cherchait à récupérer le contrôle après l’attaque d’Ofra. Une tâche qui s’est révélée difficile puisque une deuxième attaque palestinienne a eu lieu, jeudi, contre des soldats près de la colonie de Beit El, siège du commandeur militaire israélien de la Cisjordanie. Un Palestinien agissant seul a ouvert le feu sur des soldats qui gardaient un poste sur la route de la colonie, faisant deux morts et deux blessés avant de s’échapper. Le jour-même, un Palestinien non-armé s’est infiltré dans la même colonie, monté sur un mirador et frappé le soldat en garde avec une pierre, lui causant des blessures graves, avant de s’échapper lui aussi. La réaction ne s’est pas faite attendre puisque le soir même les troupes israéliennes entraient dans les quartiers du nord de Ramallah. 

Mais la représaille israélienne ne s’est pas limitée à la ville de Ramallah. Le camp de réfugiés d’Al-Amaari, au sud de la ville a été envahi, samedi matin, par de nombreuses troupes israéliennes. Des centaines d’habitants ont été placés de force  dans un terrain de sports à côté du camp, alors que l’armée iraélienne démolissait une maison, devant les caméras de presse. C’était la maison de Latifa Abu Hameid, mère de 6 garçons, dont un est mort aux mains de l’armée israélienne en 2002 et 4 autres sont en prison, jugés pour participation à des activités de résistance à l’occupation. Le motif officiel justifiant de la démolition de sa maison est l’accusation portée contre son fils Islam Abu Hameid, pour avoir jeté une pierre de construction sur un soldat israélien mort sur le coup, lors d’une incursion militaire dans le camp de réfugiés en mai dernier. Les forces de l’occupation ont placé plusieurs charges explosives dans la maison, qui est restée débout, avant de la faire sauter une deuxième fois. Pendant cette opération israélienne au camp des réfugiés d’Al Amaari, 56 Palestiniens ont été blessés. Samedi, l’armée de l’occupation a mené une incursion dans un autre camp de réfugiés, celui de Jalazoun, au nord de Ramallah, pendant laquelle les soldats ont tué un jeune de 16 ans, Mahmoud Nakhlé, d’une balle dans la poitrine.

La double explosion de la maison de Latifa Abu Hameid, par l'armée israélienne, au camp des réfugiés d'Al-Amaari, au sud de Ramallah. Samedi, 15 décembre

A la fin  du Weekend, les troupes israéliennes s’étaient retirées de Ramallah. Les check-points bloquant les routes vers la ville ont rouvert et l’armée a commencé à laisser passer les voitures, tout en maintenant le contrôle strict des passagers. Ces représailles israéliennes semblent être finies pour le moment. Mais pour les Palestiniens, c’est le début d’un retour difficile à la normalité, avant la fin de l'an. Un an de plus sous ocupation.

Mahmoud Nakhlé, 16 ans, tué par une balle dans la poitrine par l'armée israélienne, au camp de réfugiés de Jalazoun, au nord de Ramallah, samedi 15 décembre.

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